L’aubergiste

Quelle belle journée !

Je regarde par la fenêtre. C’est un temps idéal. Le soleil est haut, la fraîcheur est enfin sèche, après plusieurs jours d’humidité. Dans mon auberge au fin fond de la campagne, j’adore aller me promener dans la forêt avoisinante. Elle regorge de champignons, surtout à cette époque de l’année et avec cette météo. J’y trouve aussi des tas d’autres petites choses qui m’inspirent dans ma cuisine. Et me rappellent mon enfance et mon adolescence.

Victoire vous raconte ses histoires à l’écrit mais également au creux de l’oreille. Écoutez-la, ça devrait vous plaire…

 

C’est parti, les chaussures de marche, les jumelles, le bâton. C’est que parfois, les reliefs sont un peu escarpés. Mais c’est précisément dans ces petits endroits dissimulés ou difficiles d’accès que les trésors se trouvent. Je pars donc, il n’y a pas de service ce midi, j’emporte un petit encas à déguster sur les crêtes, tranquille, seul. Enfin.

Car parfois, ça fait du bien. Et là, le divorce vient enfin d’être prononcé. Ok, elle est la mère de mes enfants, d’accord, on bosse ensemble. Mais bon sang, je ne la supporte plus. Ses yeux inexpressifs, sa voix neutre. Même son corps ! Paradoxalement, la maternité a eu raison de sa si belle et opulente poitrine. Et puis tellement obsédée par cette silhouette qui doit rester impeccable, la voluptueuse jeune femme qu’elle était est devenue très très très mince. Aride. Bien trop pour moi.

Au moins, les montagnes et la forêt conservent leurs formes, arrondies comme plus raides. Mais elles ne varient pas, elles. Leur générosité est intacte. Mon lit de mousse préféré est toujours au même endroit, toujours aussi doux. Tout ce grand air, cette verdure : je me sens revivre. Et prêt à reprendre le collier pour le dîner de ce soir. Et pour tout le reste.

Après deux bonnes heures de ballade, me voilà de retour. Tiens, cette voiture. Se pourrait-il que ce soit… « Bonjour Chef ! Tu vas bien ? » Ah oui, pas de doute, c’est bien elle. « Oui, très bien après une bonne ballade en forêt. » « Je vois ça. Tu t’es roulé par terre ma parole ? » J’acquiesce, un peu penaud qu’elle me voie ainsi plein de terre et de mousse. D’habitude, elle me voit triomphant dans ma cuisine ou dans ces cocktails de relations publiques auxquels chefs et journalistes se rencontrent. Tiré à quatre épingles. Mais là…

« Tu passais dans le coin ? », je reprends, tentant de me donner une contenance. Parfois, cette journaliste-là faisait une halte dans mon auberge, juste pour dire bonjour puis repartait. « Non, pas cette fois. Je dors ici. J’avais besoin de calme et de me ressourcer un peu. Je vais aller au spa et puis ce soir, je compte sur toi pour m’épater ! Tu sais à quel point j’adore ta cuisine ». C’est terminé pour le petit service tranquille. Elle est là, je vais effectivement l’épater.

« Ça y est, au fait. Le divorce est prononcé », je me surprends à lui apprendre. Tiens, son regard, noir comme la nuit, s’éclaire soudain. «  Ah oui ? Mais pourquoi tu me dis ça ? Je te parlais de cuisine, là ». À ce moment précis, le second de cuisine passe la tête : « Chef, on a besoin de vos lumières ». Sauvé par le gong. « Détends-toi bien et à tout à l’heure ».

Je l’observe du coin de l’œil. Le pantalon moule admirablement ses fesses rebondies et on devine aisément la longueur et la finesse de ses jambes. Et cette petite doudoune courte et brillante souligne cette poitrine fabuleuse. Elle me donne de telles érections quand son image apparaît dans mon esprit quand je cherche à visualiser quelque chose d’agréable. Et sa peau caramel, sa cascade de cheveux noirs bouclés, soyeux, magnifiques. Ça m’arrive vraiment souvent de la visualiser en fait. Tellement que je ne m’aperçois même pas que je suis complètement à l’arrêt, en train de la regarder, de la désirer, de la posséder dans mon esprit, là, sur le perron de l’auberge. Heureusement, mon second repasse la tête. « Ça va, chef ? On vous attend ». 

Elle se retourne. Elle sait que je la reluquais. Elle a ce petit air malicieux dans le regard, à la fois enfantin et terriblement séduisant. Solaire et sensuel : « Allô ! On te parle, là. Tu as du boulot. Ici la Terre ! » Cette fois, je vais rejoindre mon équipe. Heureusement, ma parka est longue : elle n’a pas pu voir cette raideur spectaculaire que j’ai senti monter en moi d’un seul coup. Il faut que je passe près de la piscine tout à l’heure.

Et quelques heures plus tard, j’ai justement besoin – comme c’est étrange – que la responsable du spa me confirme une embauche. Je me fais un malin plaisir de passer près de la piscine intérieure. Elle n’y est pas. Et soudain, je la repère. Ses longs cheveux noirs bouclés émergent de la piscine extérieure. Il fait 10 degrés, la vapeur recouvre l’onde. Et justement, elle sort de la piscine au moment où je passe près de l’échelle. J’avais repéré un unique peignoir dehors. Son maillot de bain une pièce est très échancré, le décolleté descend jusqu’au nombril. Le drapé du tissu ne dissimule pas ses tétons pointus aiguisés par le froid. Je lui tends son peignoir. « Tu n’es pas en cuisine ? Tu commences le service dans 15 minutes ». 

« Je voulais te voir en maillot. Moi, je montre et je donne tout quand je cuisine. À toi et à tous ceux qui fréquentent ma table. Donc j’ai tenté ma chance parce que je voulais te voir. Et je ne suis pas déçu ». Son regard est moins brillant qu’auparavant. « Et tu crois que quand j’écris, ce n’est pas la même démarche ? Écrire est autant un acte de générosité et de mise à nu que la cuisine, quand les deux actions sont véritablement des créations. Je t’ai envoyé un exemplaire de mon livre, j’y suis encore plus nue qu’au bord de cette piscine. Tu m’excuses, j’ai froid et je voudrais me préparer pour le dîner. J’ai un rendez-vous ».

Et bim ! Elle m’a coupé les jambes. Merde, elle a un rendez-vous. Et merde, j’y ai été trop fort. Après tout, une belle nana comme elle n’allait pas rester célibataire éternellement. Elle s’est débarrassée de l’autre guignol avec qui elle a pourtant vécu des années. Qu’est-ce que tu espérais ?! Pfffff… Quel con. Bon. Y’a plus qu’à lui faire des trucs qu’elle adore, histoire de me faire pardonner. Heureusement qu’elle me laisse tout le temps carte blanche dans ces cas-là.

Laquelle c’est, la table de la journaliste ? « La 15, chef ». « Elle est encore seule ou elle est accompagnée ? » « Elle est avec une femme, chef ». « Hein ?! » Ben ça alors. Elle a rencard avec une nana ?! C’est quoi ce bazar ? « Elles ont pris des apéritifs ? Non ? Envoyez deux spritz. Et laissez-les commander. Surtout demandez bien les allergies et tout le bazar, je fais ce que je veux mais ne leur dites pas. Racontez-moi simplement ce qu’elles commandent ». 

Et le chef fait ce qu’il veut, voilà. Le carpaccio de Saint Jacques à l’huile de truffes dont elle raffole, un peu de foie gras aux épices, de l’omble chevalier bien nacré avec ses petits légumes, un agneau tendre comme un premier baiser, un pré-dessert à la poire et le dessert, aux coings. Tout en légèreté, comme il se doit. Avec les bons vins. Je suis content de moi. Elles sont apparemment bien à table. Tout le monde est parti sauf elles. Je renvoie mon équipe. Et pour une fois, je vais en salle.

« Ah, le voilà. Je sais bien que d’habitude, je te laisse carte blanche mais là, je n’étais pas seule. Et ce que mon amie a pris m’aurait bien plu, même si tu m’as fait des plats que j’aime bien, je les connaissais déjà. Tu sais bien que j’aime découvrir. ». Et re-merde. Je vais être mauvais avec elle comme ça tout le temps où elle sera là ? Ah, mais ce décolleté, la rondeur de ses seins, de leurs seins en fait. Elles sont superbes toutes les deux. Elles m’affolent. Je me reperds dans les méandres du désir. « Chef ?! Je te parle ». « Tu veux un digestif ? Il est tard, j’ai terminé et l’équipe aussi. Je vous l’offre à toutes les deux. On passe dans les salons ? »

Ah, mais comment je peux foirer comme ça, c’est pas possible. C’est. Pas. Possible. Bon, là, choisis bien, Coco. Je suis tellement nerveux. Elles sont tellement belles. Elles ont revêtu des robes de cocktail, tellement fines et légères sur leurs corps musclés, fins, fermes. La journaliste avec sa peau couleur caramel, ses grands yeux noirs, sa robe rose nude à fines bretelles sans soutien-gorge, ses seins comme libres. Quel vertige. Et son amie, brune au teint diaphane, rose et blanche, avec cette robe bleue comme le ciel, ses lèvres rouges pulpeuses, ce décolleté drapé. Elle ne porte pas plus de soutien-gorge que l’autre mais ses seins ont une forme complètement différente. Ah la la. Framboise sauvage pour les deux.

Quand je reviens dans le salon, surprise ! Les deux femmes s’embrassent à pleine bouche, elles sont torse nu, se caressent la poitrine. Oh la la, je sens mes pulsions, cardiaques et sexuelles, s’emballer. Pourtant, je reste calme et m’approche d’elles. La journaliste masturbe son amie. Elle se retourne, léchant le doigt qu’elle sortait de la vulve de l’autre femme, et me sourit : « Tu te joins à nous ? » Elle prend ma main, la place sur son sein tellement rond, celui qui m’a tant fait rêver et bander. Et c’est aussi doux et chaud, voire encore davantage que dans mon souvenir. Je prends ses deux seins dans mes deux mains. Comme je le voulais depuis si longtemps. Je l’avais déjà fait mais j’étais marié. Là, je suis libre. Bon sang, j’ai tellement envie de cette nana ! 

« C’est toi que je veux. J’ai envie de toi depuis dix ans. Je ne veux pas te partager avec une inconnue. Désolée, ne le prends pas mal, je la veux pour moi seul. » « Ha ha ha ! Tu as gagné, copine ! Je vous laisse vous amuser ». La belle brune se rhabille et s’en va sans autre forme de procès. « J’ai loupé un épisode ?! » La belle journaliste devient encore plus féline qu’à l’habitude. « Tu m’as claironné que tu avais divorcé. Depuis le temps que tu me chauffes sans jamais passer à l’action, y compris la fois où tu as pris mes seins dans tes mains… Donc la copine, là, avec laquelle je m’amuse de temps en temps et qui était libre ce soir, c’était un test. Alors, tu te décides ? »

Cette fille a la couleur et le goût de caramel. Sa peau est si douce. J’ai envie de la voir. Je lui donne la main, elle se lève. Je lui enlève sa robe. Comble du bon goût : elle ne porte pas de culotte. Juste un porte-jarretelles en dentelle et satin. Ah, elle ne me décevra jamais. Ce corps si harmonieux, taille fine, hanches et poitrine généreuses, ses longues jambes. Son sexe soigneusement épilé mais pas intégralement. Elle est nue face à moi. Et je bande tellement dur que ça en est une douleur. Délicieuse.

Elle s’approche, retire chaque bouton de ma chemise de chef de ses longs doigts fins et manucurés. Je me laisse faire. Et c’est un délice. La chemise tombe. Le pantalon aussi. Sa bouche est un régal. Elle embrasse comme une déesse, passionnée juste ce qu’il faut. Je veux la caresser, sa peau est si soyeuse. Je chavire totalement. Elle fait de moi ce qu’elle veut. Elle me pousse doucement mais fermement dans un des fauteuils. Et là, ses seins autour de mes bourses, elle me fait une fellation onirique.

C’est comme si elle avait mille langues. Elle joue avec ses doigts qu’elle passe et repasse dans sa bouche tout en léchant mon sexe. Je sens son corps, sa chaleur, hume son odeur, fruitée et épicée à la fois, gourmande et sensuelle. Et tandis que je ferme les yeux, mes bourses sont aspirées doucement dans cette humidité de douceur, tandis que mon gland, stimulé par ses doigts mouillés, est prêt à exploser.

Je râle. Je suis incapable de m’exprimer, de bouger. Je suis comme paralysé. Je ne peux que produire ce bruit sourd, primal, quasi animal. Celui du plaisir sexuel à l’état pur. Elle joue avec mon membre. Elle adore ça. Elle s’en délecte comme d’un repas fin ou d’un vin enivrant. Elle s’en nourrit et ce régal qu’elle ressent est si communicatif. Je suis totalement à sa merci. Où a-t-on vu jouer que la fellation asseoit la domination masculine ? Quand elle est faite comme ça, c’est bien cette femme qui me tient en son pouvoir. Totalement. Indiscutablement.

Elle vient de m’administrer la drogue la plus puissante connue sur Terre. Je suis devenu dépendant de ses caresses en un clin d’oeil. J’aurais voulu que ce moment dure une éternité mais cette intensité, à un moment, doit cesser. C’est tellement fort. Je jouis. Je jouis comme jamais je n’avais joui auparavant. Je tente de camoufler mon cri. Heureusement que les salons sont relativement isolés du reste de l’hôtel. Le temps de me remettre de mes émotions, je crois que j’ai eu une absence. Quand j’ai repris pied, la pièce était vide, elle avait disparu.

Le lendemain, elle est insaisissable. Je rate son check-out. Et quand je jette un oeil au parking, sa voiture n’y est plus. Parfois, je me demande même si c’est vraiment arrivé. Et puis je saisis ce porte-jarretelles qu’elle a laissé, celui qu’elle portait, qui exhale son parfum unique. 

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