étudiant le boudoir de victoire

Celui qui apprenait

C’est la fin de l’année. L’année scolaire. Elle termine son premier remplacement dans ce charmant lycée au coeur de cette charmante bourgade. Et même si elle fait beaucoup de route pour se rendre devant ses élèves chaque jour, le coeur historique bien conservé de cette ville moyenne comme il en existe tant en France, au coeur de la campagne, chef-lieu d’une dizaine de villages, ça lui plaît.

Elle a apprécié cette année, bien qu’éprouvante. Oui, elle a aimé se replonger dans l’Histoire, un peu moins dans la géographie mais on ne se refait pas. L’équipe était sympa, les classes réduites en nombre. Evidemment, pour elle qui n’avait jamais enseigné que dans le supérieur, c’était tout autre chose. Un étudiant est un adulte, il est (souvent) là par choix. Mais des ados… Bon, des lycéens, certes mais quand même des ados quoi !

C’est la fin de l’année et les résultats du bac viennent de tomber. Les mentions, les rattrapages, etc… Certains élèves viennent lui demander de l’aide pour passer les oraux. Elle sait qu’elle ne pourra pas continuer à être prof. Non. Trop de travail. Trop peu de liberté. Très peu pour elle, c’est pas son truc finalement. Même si elle adore transmettre.

Dans les escaliers, elle croise une partie de ses élèves, échange avec eux. Des bravos, des sourires, des « bonnes continuations ». Les bises claquent entre elle et eux. Oui, c’est l’usage dans l’établissement quand les élèves ont obtenu le sésame pour prendre leur envol et que leurs profs ne sont plus leurs profs. Elle leur dit qu’elle va mettre les voiles pour aujourd’hui. Après tout, c’est bien gentil, les élèves, hein, mais bon, elle a une vie aussi. 

Elle monte du côté de l’administration pour quelques papiers et entend cet élève, qu’elle avait mis au tout premier rang car franchement détaché : « Allez allez, vite, elle a dit qu’elle allait partir. Faut pas qu’on la loupe ». « Oh ça va, on sait, hein ?! ». L’effervescence la fait sourire. Elle termine ce qu’elle a à faire. Et puis finalement…

« Madame, on va tous ensemble boire un pot en terrasse, vous venez avec nous ? » Elle aime beaucoup ses élèves, même si elle essaie de ne pas trop le montrer, le CPE n’aime pas ça. Mais il est 16h, le doux soleil de juin est bien là. Allez, juste un verre. De Badoit pour elle. De bière pour la plupart des élèves, en revanche. « On n’est pas sérieux quand on a 17 ans », disait Rimbaud. Non, décidément pas, et même à 18 ans fraîchement étrennés.

« Madame, vous pouvez nous le dire maintenant, vous avez quel âge ?! » « À votre avis ? ». Ils l’ont toujours crue plus jeune. Elle est brune, son teint hâlé y est peut-être pour quelque chose. Ses cheveux bouclés et pleins de peps aussi. Ses formes peut-être. Ou ses grands yeux noirs. Ce qui est certain, c’est qu’elle détonne au milieu des autres enseignants.

L’heure tourne, elle décide de les laisser entre eux. Le garçon du premier rang, qui avait houspillé les autres, se dresse. « Je suis étudiant maintenant, Madame ». Elle est flattée, son regard bleu à lui insiste. « Oui oui, je sais. Encore félicitations. On se verra peut-être. J’emménage moi aussi dans cette ville où vous allez étudier. » « On ira boire des coups alors ? » « Pourquoi pas ? »

*****

Quelques mois plus tard. Elle vient de terminer de repeindre son appartement. Ses anciens élèves sont « amis » avec elle sur les réseaux sociaux. Elle n’a rien de spécial à cacher, après tout. Ce soir-là, ils sont plusieurs. Ils passent la voir. Son chantier touche à sa fin mais c’est encore… un chantier. Ils se sont faits beaux, c’est une soirée étudiante assez huppée. Elle n’a pas très bien saisi qui organise. Grande école ? Fac ? Sait pas.

Les voilà, qui mettent un joyeux bazar, le temps de l’apéro comme ils disent. Et ils s’en vont. Vers une heure du matin, on sonne pourtant à sa porte. L’un d’entre eux ne se sent pas bien, et comme « vous habitez à côté et on savait pas trop quoi faire ». Elle sait qu’elle va avoir un pensionnaire pour la nuit, car la fête n’est pas finie pour les autres. « Montez ».

Evidemment, ils ramènent l’individu en question, visiblement ivre. Sacrés eux ! Personne ne leur a dit qu’il fallait boire au moins autant d’eau que d’alcool pour ne pas partir en vrille ? Le salon est toujours un chantier, on ne peut pas y dormir avec les odeurs de peinture, le canapé n’est pas accessible. Ah la la, il va devoir dormir avec elle, dans le lit deux places de sa chambre. Cela dit, rien d’extraordinaire. Il est ivre. Elle est fatiguée. « No big deal ».

Elle ne pense même pas à changer de tenue. Après tout, sa nuisette est sage, en coton blanc. Certes avec des bretelles mais la longueur n’est pas scandaleuse. Certes, le décolleté souligne sa poitrine plutôt généreuse mais il est ivre après tout, non ? Elle lui a prêté un vieux pantalon de jogging trop grand. Ça suffira pour la nuit. 

Elle se couche et se marre intérieurement. « Maintenant, je suis étudiant ». La belle affaire ! Oui, il l’est. C’est officiel. Il s’est pris une bonne cuite et ses potes l’ont largué en route, comme tout étudiant qui se respecte. Oui, la vraie vie d’étudiant a commencé pour lui. D’un mouvement précautionneux, elle lui tourne le dos et commence à sombrer dans le sommeil. 

Dans un état second, elle remarque l’absence d’effluves de fermentation, de vinasse pas chère, de bière ou de spiritueux douteux. Non, il sent plutôt bon en fait. Un parfum à la fois raffiné et masculin, très élégant. Elle s’en félicite, rien de pire que l’odeur de l’alcool qui travaille les corps !

*****

Au bout de quelques secondes, sur le point de réellement s’endormir, elle ouvre un oeil. C’est confus, c’est quasi imperceptible mais quelque chose… Elle sent une caresse dans ses cheveux ! Une caresse toute douce. Tendre. Timide. Tremblante. Mais une caresse quand même. Elle se dit qu’il doit rêver, qu’il va s’arrêter.

Mais la caresse continue, les doigts s’enfoncent dans ses boucles. Après tout, elle n’a pas réagi alors il continue. « Madame…, chuchote-t-il. Je peux ? Je… J’en ai tellement envie. » Elle se tourne doucement, le corps lourd de sommeil mais les sens en éveil. « Tu as envie de quoi ? », murmure-t-elle. « J’ai envie de vous depuis toujours. Et j’ai envie d’apprendre avec vous. »

Elle réfléchit. Il est grand, il est blond, il est sportif, il est gentil. C’était un élève doué, c’est un étudiant fainéant comme beaucoup de jeunes hommes de son âge. Il est drôle aussi. De fait, quand elle avait son âge, elle aurait bien voulu qu’un garçon comme lui s’intéresse à elle. 

Le mot-clé de sa réflexion est « garçon ». Il est quand même très jeune, même s’il ne se doute pas qu’elle a vingt ans de plus que lui. Raison de plus pour lui apprendre des choses, finalement, non ? Elle y avait pensé, souvent, car elle était parfaitement consciente de ce désir. Mais elle avait décidé de ne rien faire, ne rien tenter. Sauf que là…

« Qu’est-ce que tu veux apprendre ? » « Je voudrais… enfin vous savez »  « Non, je ne sais pas. La première chose que tu dois apprendre, c’est qu’il faut parler, communiquer. Tu m’as demandé si j’étais d’accord, c’est très bien. C’est indispensable en fait. Je peux t’apprendre, oui. Pour toi, pour moi et pour tes futures partenaires. »

Les lumières de la ville éclairent un peu la chambre, suffisamment pour que leurs regards se répondent. Il a les yeux qui brillent. Elle prend sa main, la guide vers son intimité, chaude et humide. « Chaque femme est différente. C’est pour ça qu’il faut communiquer. Pour savoir ce que chacune apprécie. »

Elle soupire d’aise tandis que les longs doigts du jeune homme explorent ses lèvres. Elle le guide, doucement, comme elle aime. « Sois à l’écoute, regarde ta partenaire dans les yeux. C’est aussi là que ça se passe. Tous tes sens sont en éveil », ajoute-t-elle, la respiration altérée par le plaisir.

Elle se laisse pénétrer par un, puis deux doigts. Il se penche vers elle. Son baiser est fougueux, un peu maladroit. Comme quelque chose qu’on a désiré longtemps et qu’on parvient enfin à faire. Leurs langues trouvent pourtant rapidement une savoureuse harmonie. Elle passe sa main sur ses joues, ses cheveux, ses épaules, son torse. Quelle peau si douce, pense-t-elle.

Elle le caresse en descendant lentement. Très lentement. Le jogging vole, le caleçon avec. La nuisette prend le même chemin. « Tu préfères la lumière éteinte ? » « Non, dit-il, la voix étranglée de désir et d’émotion. J’ai envie de vous voir. » Elle allume. Il considère ses seins, s’y plonge. Les tète goulûment mais délicatement. « Oui, c’est parfait », sussure-t-elle en ébouriffant gentiment ses cheveux. 

« Il y a un autre endroit où ta langue peut faire merveille ». Il la regarde, avec cette candeur teintée de luxure assez irrésistible. « Je peux ? » « Tu apprends ou pas ? ». Il s’exécute, léchant au passage ses seins, s’attardant sur eux, embrassant son ventre, parvenant à son sexe. En revanche, il commence mal. « Non. Oublie ce que tu as vu dans les pornos. Ou alors, regardes-en des lesbiens. C’est de la douceur à cet endroit, surtout au début. Douceur et langueur ».

Il devait avoir regardé des pornos lesbiens car son côté bon élève ressort. Il fait le tour des lèvres, calmement et avec application. Elle sent qu’il est doué, à l’écoute. Elle en profite un maximum, et lui aussi, ça lui plaît beaucoup apparemment. « Tu peux jouer avec tes doigts », rajoute-t-elle dans un souffle, au bout de quelques longues minutes de plaisir rauque et intense. Il tend son long bras, caresse ses seins en même temps.

Il apprend vite et bien… et lui donne un orgasme rien qu’avec sa langue et ses doigts… « Vous vous sentez bien ? » « Oh oui, tu es doué. Allonge-toi maintenant. Ton plaisir. Tu l’as bien mérité. »

Il se laisse faire. Elle le prend délicatement en bouche, lui prodiguant une fellation pleine de contrastes, douce, ferme, forte, utilise ses dents, ses doigts. Elle suce aussi ses bourses, joue avec l’anus. L’explore totalement… Deux fois, il jouit. 

Elle se couche à ses côtés. Il en veut encore. Venir en elle. « Tu as des préservatifs ? Il t’en faut toujours. Surtout à ta taille. Toi seul peux les choisir correctement. » « Oui, j’en ai. » Il les avait dissimulés sous l’oreiller. Elle le caresse encore. Ah, la fraîcheur et la jeunesse sont formidables. Son sexe se dresse à nouveau en un clin d’œil, le préservatif est vite en place.

Et quel enchantement quand il la pénètre enfin. Car malgré tout ça, tous ces délicieux préliminaires, elle demeure étroite et lui, dur, tellement dur et fier. Son endurance fait merveille, ils changent de position, elle gémissant, lui s’affirmant. Et se répand enfin en elle, surexcité par cette levrette finale. Il est cinq heures du matin. Ils ont tous deux une grosse envie de sommeil.

Vers huit heures, il émerge. Son érection est à nouveau là. Il la presse contre elle et, prenant l’initiative, va se régaler de son miel. « On peut faire ça ensemble », dit-elle. Et leurs langues caressant leurs sexes simultanément rallume durablement le désir. Elle s’assied sur lui, il profite, cajole ses seins tandis qu’elle l’accueille en elle une dernière fois.

« Tout ça reste entre nous, dit-elle finalement, en se couchant à ses côtés. Je sais bien ce que tu as pu dire aux autres, mais ça reste notre secret. Nous avons dormi, cette nuit. Je sais aussi qu’ils savent que tu n’avais pas bu. Tu as dormi dans le canapé, avec la fenêtre ouverte, car j’avais tout rangé. » « Vraiment ?, dit-il avec ce regard de petite chose fragile cherchant à obtenir ce qu’elle veut. C’était pourtant bien, non ? »

« Oui, c’était bien, tu es doué. J’espère pour toi et pour celles qui croiseront ta route que tu as retenu un maximum de choses. Mais j’ai une éthique. Et ma vie privée ne regarde que moi. Tout comme la tienne d’ailleurs. C’est ma dernière leçon : se vanter, c’est tout ce qu’il y a de plus vain et irrespectueux. Pour toi comme pour tes partenaires. Je nierai. En bloc. » « Je peux, une dernière fois ? »

Elle se dit qu’elle avait rarement été embrassée aussi tendrement.

 

Pour S et C

Photo : DR

Envie de plus ? La promeneuse et l’aubergiste vous attendent.

Leave a Reply